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Biographie Cyril BONIN

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L
e dessin est l'un des premiers moyens d'expression des enfants, l'un des premiers moyens de faire sortir quelque chose de soi. Le trait qui jaillit d'un crayon exerce une véritable fascination. C'est aussi une façon d'aborder et de comprendre le monde, de se l'approprier en le représentant. Ces deux aspects du dessin associés à l'envie de raconter des histoires sont les moteurs de mon travail aujourd'hui encore.
Mes premiers gribouillis consistaient en des représentations de bateaux, de fêtes foraines, de cirques et de cow-boy. Puis, vers l'âge de 9, 10 ans, je me suis mis à réaliser de courtes bandes dessinées d'une ou deux pages en couleur, reprenant les héros de séries télé. J'offrais ces pages à mes camarades de classe ("Goldorak" et "Albator" pour les garçons, "Candy" pour les filles). A 11 ans, je découvris les joies des comics américains et la frustration de l'attente entre chaque parution. Il n'y avait qu'une alternative à cette frustration : réaliser mes propres histoires. Je créais ma propre galerie de personnages (Giro-man et sa Giro-lame, son Giro-plane et son Giro-sous-marin, les dragons bleus etc…), le but de ma démarche était de prolonger le plaisir de mes lectures. Le graphisme était peu fouillé car, dans mon impatience, j'aurais voulu que cela se fasse dans le temps où je l'imaginais. Je n'ingurgitais pas que des comics ;
Pif Gadget, Tintin, Asterix et Lucky-Luke étaient également de la partie, mais ne m'influencèrent pas graphiquement. Non, car j'avais envie de raconter des histoires sérieuses avec des types sérieux qui se posent des questions sérieuses du genre "Comment vais-je sauver le monde alors que j'ai un devoir de chimie à rendre, des courses à faire pour tante May et rencard avec Mary-Jane ?". A l'adolescence, alors que les garçons de mon âge parlaient football, bagnoles et tournaient en rond sur leur mobylette kittée, je passais l'essentiel de mon temps libre à dessiner. Des auteurs tels que P. Druillet, Mézière, Tardi, Bilal, Schuitten et surtout J. Giraud "Moebius" entrèrent dans ma bibliothèque et m'influencèrent à tour de rôle.
Revers de la médaille, le dessin m'accaparait tellement que ma scolarité s'en ressenti et, les dispositions que je manifestais alors en Français et en arts-plastiques étaient inversement proportionnelles aux indispositions que je développais à tout le reste, ce qui me valu de revisiter ma troisième et de prendre une année sabbatique en seconde pour cause d'inventaire psychologique. Je finis tout de même par reprendre le chemin des écoliers et par passer un BAC A1 (lettres et maths).
A l'entrée du collège, j'envisageais d'être prof de dessin ou prof d'histoire ("L'Histoire et les histoires… " pour citer Godard), puis prof de dessin ou auteur de BD et finalement, à l'entrée au lycée, mon choix était fait, si bien qu'après le BAC, c'est tout naturellement que je m'orientais vers une formation en art qui m'ouvrit des horizons et me permit de découvrir d'autres pratiques telles que peinture, sculpture, gravure, photo, infographie et vidéo. Parallèlement à mes études, au cours de ces deux années d'initiation, je me lançais dans l'élaboration d'un album de bandes dessinées (écriture, découpage, dialogues et dessins) dont je réalisais 40 pages, il en manquait 8 pour que l'histoire soit complète, mais mon dessin ayant évolué au fil du temps je me rendais compte que ce n'était pas publiable. De plus, il était clair depuis le début que ce serait avant tout, un exercice. Le graphisme en noir et blanc mélangeait traits au pinceau et tubulaire, hachures et trames mécaniques, afin de renouer avec l'esprit des gravures du 19ème siècle, puisque c'était dans le Londres de cette époque que se situait l'intrigue. Au fil des années, ma motivation s'était transformée, il ne s'agissait plus de prolonger ou de singer les albums et les auteurs de bandes dessinées que j'aimais, mais de donner corps à la littérature du 19ème que j'avais découverte à l'adolescence ( Les romans de Jules Vernes, de Conan Doyle ou Stevenson…) et en particulier au Londres Victorien qui était peu ou pas représenté en BD.
Ensuite, je poursuivis mon cursus par une spécialisation en Illustration, section communication, à l'école des Arts Décoratifs de Strasbourg. J'avais longtemps envisagé de passer par l'école de BD d'Angoulême, mais il m'était apparu, au sortir des deux premières années probatoires, qu'il serait plus intéressant de s'ouvrir à d'autres médias, histoire de garder un œil neuf et différent sur la pratique de la bande dessinée.
Je ne regrette pas ce choix car l'approche pédagogique pratiquée en atelier d'illustration aux Arts Déco de Strasbourg était essentiellement axée vers la narration et tissait par là même des ponts avec d'autres médias narratifs (théâtre, opéra, cinéma, dessin animé, marionnettes, illustration didactique…).

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